Le point sur la crise de la vanille dans le monde

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Beaucoup de choses sont racontés dans les médias, mais peu de ces histoires s’approche vraiment de la réalité, car la réalité est multifactorielle, d’une part; et qu’elle affecte différemment les acteurs de la filière, que l’on soit producteur, collecteur, exportateur ou négociant... et que l'ont soit à Madagascar ou ailleurs.
 
En effet, si chaque pays exportateur de vanille rencontre des réalités de marché qui lui est propre, il est indéniable que les tribulations de Madagascar ont une influence sur les cours internationaux. On dit souvent ici que quand les États-Unis éternuent, le Canada s'enrhume; il en va de même avec la filière de la vanille : lorsque Madagascar éternue, tous les pays producteurs de vanille du monde en subissent les conséquences.
 
Il me fera plaisir de vous partager des informations au sujet des différents facteurs en jeu, qu'il s'agisse de la question de la potsa (vanille immature volée sur le plant) vendue par les contrebandiers aux collecteurs; ou des cultivateurs de vanille qui choisissent eux-mêmes de les cueillir avant les voleurs, lassés de recevoir les mêmes prix, indépendamment qu'ils produisent de la qualité ou non; de la pression des prix que cela fait subir aux nouveaux pays producteurs qui vendent à fort prix un produit qu'ils ne connaissent pas, souvent médiocre, et qui n'a ni qualité gustative, ni qualité de finition... Une autre fois j'aborderai la question des ouragans, des sécheresses et des changements climatiques....
 
Mais ici je n'aborderai qu'un seul angle, celui de la responsabilité de la Banque Mondiale, de la France et de la Pétrolière française Elf Aquitaine dans cette crise.
 
Durant 150 ans, ce sont les colonies françaises qui ont porté le flambeau du développement des croisements, des parfums, des techniques de préparation et de séchage, ce qui les place même encore aujourd'hui au premier rang de la qualité du produit fini. D'ailleurs il est à noter qu'aucun autre pays exportateur n'arrive à la cheville des producteurs de Madagascar, de La Réunion ou des producteurs des Iles Polynésiennes en ce qui a trait à la qualité de la finition.
 
Et durant les 120 premières années de ce règne, le secteur de la vanille est demeuré relativement stable.
 
Toutefois, la planète vanillière a connu une première grande secousse économique au tournant des années 90, sous la pression de la Banque mondiale, à laquelle Madagascar devait supposément beaucoup d'argent. En réalité, Madagascar a été contrainte de renoncer à son contrôles des prix, abandonnant ses paysans vanilliers à l'emprise sans merci des grands joueurs mondiaux à cause des implications de la France, et de la pétrolière ELF Aquitaine.
"On ne peut réellement le comprendre qu'à la lumière des relations complexes entre la société pétrolière, le pouvoir politique en place et les différents États concernés. " Complexité réelle, mais dont la finalité est simple en ce qui concerne le continent africain : Elf fut et reste une pièce essentielle du dispositif néo-colonial mis en place par Paris, quelques années après les indépendances, afin de maintenir sa tutelle économique et politique sur les pays de son ancien pré carré formellement émancipés.
 
Si vous en doutez, sachez qu'en 1989, la pétrolière Elf Aquitaine déposait un brevet d'invention Européen pour la création d'extrait de vanille à partir de vanille verte. Pour les producteurs de vanille de Madagascar, les dés étaient pipés. Leur principale activité financière avait reçu un coup de poignard au coeur.
 
En achetant les droits sur ce brevet, Elf Aquitaine s'assurait que la vanille verte soit achetée par les fabricants de leur choix et ainsi contrôlait les ventes et donc les prix de plus de 90% des vanilles réalisées dans les anciennes colonies.
 
De plus, ils déstabilisaient l'ensemble de la filière en coupant court au mûrissement et à la finition et rejetaient le blâme sur les cultivateurs malgaches, les contrebandiers, les ouragans....
 
Éventuellement, Madagascar instaurait des mesures de contrôles pour limiter le marché de la vanille âgée de moins de 7 mois; et un système d'agrément et d'ouverture de marché limités à des dates précises a été mis en place. L'objectif était de conserver des standards de qualité pour les acheteurs de vanille en gousse mais en vérité, ce système d'agrément ne rendait service qu'aux entreprises Européennes détentrice du brevet d'extraction de vanille verte car les détenteurs de l'agrément d'exportation achètent et revendent surtout la vanille verte en vrac. Le reste de la vanille verte cueillie avant maturité est alors étuvées et séchées, abaissant la qualité de la vanille séchée et préparée à un niveau très médiocre, tout en la soumettant à la pression des prix des fabricants d'extraits.
Les cultivateurs n'ayant plus d'avantage financier à réaliser une vanille en gousse de qualité gastronomique, ils se sont adapté au marché en abaissant eux-même leurs standards et déstabilisant l'ensemble de la filière vanille de Madagascar.
 
Comment obtenir de la bonne vanille en gousse aujourd'hui?
 
Colibri Vanille contourne les collecteurs détenteurs d'agrément d'exportation en passant sous les radars de contrôle et en achetant directement aux rares cultivateurs de vanille qui choisissent de maintenir de haut standards de qualité, mais nous sommes quand même soumis aux dates obligatoires du décret gouvernemental, entre le 31 mars et le 15 octobre. Et donc soumis au jeu des spéculations qui s'active dès le mois de septembre pour atteindre un plateau entre novembre et février. Dès le mois de mars, la fièvre reprends dans les chaumières de Madagascar, et les prix remontent en flèche, aussi est-il prudent de faire ses achats avant le mois de mars.
 
Qu'en est-il des collecteurs Malgaches détenteurs d'agrément?
 
Seulement 200 agréments sont délivrés chaque année à des collecteurs qui se sont vu bientôt, à leur tour, aux prises avec les loi d'un marché cruel. Quand certains faisaient fortune en achetant la vanille aux paysans à faible prix et en le revendant au prix fort, et même à prix très fort au lendemain de cyclones ou des rafles des contrebandiers; plusieurs autres collecteurs faisaient faillite lorsque les cours se sont écroulés, abandonnés par leurs acheteurs de vanille en gousse, mais toujours détenteurs de vanille de mauvaise qualité achetée au-dessus du prix de vente et qu'ils ont dû céder en dessous de leurs prix. Ainsi,de nombreuses faillites se sont produites au mois de mars 2019 chez les collecteurs malgaches.
 
Entre 2015 et 2019, les prix ont remonté à un niveau élevé, flirtant avec la barre des 600 $ en 2018 et tombant rarement sous les 400 $ depuis. (Le tarif courant à l'automne 2019 était d'environ 420 $ le kilo.) Le pic est parfois attribué à une annonce de 2015 par Nestlé SA que la société n'utiliserait que la vanille entièrement naturelle dans ses produits au lieu de l'arôme artificiel, poussant par un jeu de domino d'autres grandes entreprises à lui emboîter le pas. L'impact réel de la décision fait l'objet de débats.
  
Indépendamment de la validité de ces spéculations, peu de gens dans l'industrie disent que la demande pour la vanille naturelle a changé assez pour protéger les prix d'une autre baisse. Presque tout le monde du secteur de la vanille pense qu'une chute significative des prix n'est pas une question de si, mais plutôt une question de quand.
 
Et quand plus de 80% de l'industrie vanillière provient de l’île de Madagascar à elle seule, le reste du monde en prend pour son rhume.


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